CNTPE - Confédération Nationale des Très Petites Entreprises
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Antennes départementales

TPE : assez du mépris poli, assez de la stagnation organisée

Le dernier baromètre Fiducial-IFOP sur les très petites entreprises, et les quelques 20 000 patrons de TPE intérrogé par l'Observatoire des TPE, ne racontent pas seulement un malaise. Il documente une fracture. Une fracture entre la France qui décide et la France qui produit. Une fracture entre les discours sur “l’entreprise” et la réalité vécue par les patrons de TPE, artisans, commerçants, indépendants et petites structures de 0 à 19 salariés. Une fracture, enfin, entre la proximité locale parfois encore tangible et l’abandon politique, économique et fiscal qui mine le quotidien des plus petits

Le constat est brutal. 87 % des dirigeants de TPE déclarent ne pas avoir confiance dans les mesures économiques annoncées ou mises en œuvre par Emmanuel Macron et son gouvernement. 84 % se disent pessimistes quant au climat général des affaires en France. Et pour leur propre activité, le pessimisme atteint 54 %, soit son plus haut niveau de l’année 2025. Dans le même temps, 41 % des patrons interrogés déclarent rencontrer des difficultés financières. Ce ne sont pas des états d’âme. Ce sont des signaux d’alerte.

Plus grave encore, seuls 22 % des patrons de TPE s’attendent à une croissance de leur activité en 2026, tandis que 53 % anticipent une stagnation. Quand plus d’un dirigeant sur deux ne croit même plus à une progression de son activité, ce n’est plus de la prudence : c’est la traduction d’un épuisement collectif.

A la CNTPE, nous le disons clairement : la stagnation des TPE n’est pas une fatalité économique, c’est le résultat de choix politiques accumulés. Trop de normes, trop de charges indirectes, trop d’instabilité, trop peu de lisibilité, trop peu de considération réelle pour ceux qui tiennent les territoires debout. Les TPE ne demandent pas la charité publique. Elles demandent qu’on cesse de gouverner contre elles.

Une France des TPE sommée d’encaisser, de se taire, et de continuer

Le baromètre montre une forme de paradoxe révélatrice. Les chefs de petites entreprises restent relativement corrects envers leurs maires et leurs équipes municipales : 61 % se disent satisfaits du maire actuel et de l’équipe municipale, et 62 % sont satisfaits de l’évolution de leur commune depuis leur implantation. Mais cette satisfaction locale ne doit pas masquer l’essentiel : 55 % considèrent encore que les préoccupations des TPE ne sont pas prises en compte par la municipalité.

Autrement dit, même là où le lien local subsiste, le patron de TPE a toujours le sentiment d’être vu en dernier. On l’écoute parfois. On le consulte rarement. On le comprend mal. Et on le taxe beaucoup.

Le communiqué est très clair sur les irritants majeurs. Parmi les motifs d’insatisfaction, les dirigeants citent d’abord le niveau des impôts locaux supportés par les entreprises, puis l’absence de promotion des entreprises et les difficultés de stationnement. Ce triptyque dit tout : on prélève, on complique, et on oublie d’aider.

La CNTPE y voit une vérité simple : dans trop de communes, la TPE reste perçue comme une variable d’ajustement budgétaire, pas comme un acteur stratégique du tissu local. Pourtant, ce sont les TPE qui animent les centres-villes, maillent les bourgs, créent du lien social, maintiennent de l’emploi non délocalisable et font vivre les bassins de vie.

Les patrons de TPE ne demandent plus des promesses, ils demandent qu’on arrête de les asphyxier

L’un des enseignements les plus puissants de cette étude concerne les priorités exprimées à l’approche des municipales 2026. Les patrons de TPE citent comme enjeux déterminants de leur vote : la fiscalité et les impôts locaux (44 %), la sécurité des biens et des personnes (35 %) et l’emploi ainsi que le développement économique (30 %).

Ce classement est politiquement explosif.

Pourquoi ? Parce qu’il révèle que, pour les TPE, la première urgence n’est même plus la “croissance” au sens abstrait. La première urgence, c’est de desserrer l’étau. C’est de préserver le peu de marge qui reste. C’est de pouvoir travailler dans un environnement sûr. C’est de ne plus être pénalisé par une fiscalité locale devenue, dans bien des cas, un impôt sur la présence, sur la vitrine, sur l’ancrage, sur l’activité concrète.

Quand la sécurité devient le deuxième critère de vote des dirigeants de TPE, ce n’est pas anodin. Cela signifie que pour beaucoup de commerçants, artisans et entrepreneurs, l’insécurité n’est plus un sujet périphérique. C’est un coût. Un risque. Une fatigue. Une menace directe pour l’exploitation. Dégradations, vols, incivilités, tensions de voisinage, stationnement anarchique, dépôts sauvages, sentiment d’abandon : tout cela finit par peser sur la trésorerie autant que sur le moral.

A la CNTPE, nous refusons que les TPE soient condamnées à supporter seules les conséquences d’un désordre public ou fiscal qu’elles n’ont pas créé.

Le vrai scandale : tout le monde parle des PME, mais personne ne pense vraiment aux TPE

Il faut le dire sans détour : en France, dès qu’on parle “d’entreprise”, on pense souvent à des structures qui ont déjà des services supports, des fonctions RH, des marges de négociation, parfois des directions financières. La TPE, elle, n’a ni amortisseur, ni armée administrative, ni temps à perdre. Le chef d’entreprise est à la fois dirigeant, vendeur, recruteur, gestionnaire, standardiste, responsable sécurité, parfois livreur, parfois technicien, souvent pompier de sa propre activité.

Et malgré cela, il lui faudrait encore absorber l’instabilité politique, l’inflation normative, les injonctions contradictoires, l’explosion des coûts, la fragilité de la demande, la pression des assurances, les problèmes de recrutement, la tension sur les trésoreries et la dégradation du climat général ?

Le baromètre note d’ailleurs que seuls 8 % des dirigeants ont embauché ou prévoyaient d’embaucher d’ici fin décembre 2025, tandis que 6 % envisageaient de supprimer un ou plusieurs postes.

Ce chiffre doit être lu pour ce qu’il est : non pas un manque de volonté entrepreneuriale, mais un manque de sécurité économique. On n’embauche pas quand on navigue à vue. On n’investit pas quand la confiance est morte. On ne se projette pas quand on a le sentiment que chaque échelon administratif vous considère comme solvable quand il s’agit de payer, mais invisible quand il s’agit d’être soutenu.

La position dE LA CNTPE : il faut un choc de respect pour les très petites entreprises

À partir des constats posés par Fiducial et l'observatoire des TPE, le CNTPE formule une position claire.

Premièrement, il faut une baisse réelle et ciblée de la pression fiscale locale sur les très petites entreprises. Pas des ajustements cosmétiques. Pas des dispositifs incompréhensibles. Une respiration nette, visible, mesurable.

Deuxièmement, il faut rétablir une priorité absolue à la sécurité économique et physique des TPE : protection des commerces, lutte contre les incivilités, action concrète sur le stationnement, propreté, accessibilité et tranquillité d’exploitation.

Troisièmement, chaque commune, intercommunalité et territoire doit être jugé sur une question simple : qu’avez-vous fait, concrètement, pour maintenir et développer les TPE ? Pas en communication. En résultats.

Quatrièmement, il faut en finir avec la vision paternaliste qui consiste à expliquer aux petits patrons ce qui serait bon pour eux sans jamais partir de leur quotidien réel. Les TPE n’ont pas besoin d’être “sensibilisées” à leur propre survie. Elles ont besoin qu’on arrête de les fragiliser.

2026 doit être l’année du réveil patronal local

Le baromètre indique que 71 % des patrons de TPE déclarent être certains d’aller voter aux municipales des 15 et 22 mars 2026.

C’est un message puissant. Le patronat des TPE n’est pas hors du jeu démocratique. Il est au contraire prêt à se faire entendre.

Le CNTPE appelle donc les très petites entreprises à sortir du rôle de figurant économique dans lequel on les enferme trop souvent. Les TPE ne sont ni un décor, ni un réservoir fiscal, ni une catégorie qu’on invoque dans les discours puis qu’on oublie dans les arbitrages. Elles sont le socle du pays réel.

Quand 53 % des patrons envisagent la stagnation, ce n’est pas seulement leur activité qui s’immobilise : c’est tout un pays local qui ralentit. Derrière chaque TPE qui renonce à investir, à embaucher, à transmettre ou à ouvrir un jour de plus, il y a une rue qui se vide, un service qui disparaît, un centre-bourg qui s’éteint, une compétence qui se perd.

Voilà pourquoi notre position syndicale est nette : cet état de fait n’est plus acceptable.
Les très petites entreprises ne demandent pas des hommages.
Elles demandent des actes.
Et elles jugeront désormais sur pièces.

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