CNTPE - Confédération Nationale des Très Petites Entreprises
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Antennes départementales

Les TPE ne sont pas le fusible de sécurité du pays

Il faut le dire sans détour : les très petites entreprises ne sont pas là pour financer les autres, absorber les retards des grands, compenser les lenteurs de l’État et supporter en silence les coûts d’un système qui se décharge sur elles. Elles produisent, elles servent, elles encaissent, et trop souvent, elles attendent.

Aujourd’hui, la TPE française est devenue l’amortisseur de tout ce que les autres ne veulent pas porter : les délais de paiement des grands comptes, les rigidités bancaires, la complexité sociale, les obligations numériques, les hausses de coûts énergétiques et une partie du travail de collecte et de déclaration que l’administration fait désormais exécuter par les entreprises elles-mêmes.

Un système qui vit sur le dos des petits

Le premier scandale, c’est le crédit interentreprises devenu finance cachée. En France, les retards de paiement restent massifs, et les grandes entreprises figurent parmi les mauvais payeurs les plus pénalisants pour la trésorerie des plus petites. La Banque de France et les observatoires spécialisés rappellent que ces retards fragilisent directement les PME et TPE, avec un effet domino bien connu : un client paie tard, le fournisseur décale, puis toute la chaîne se tend.

Le second scandale, c’est que les banques n’assument plus suffisamment leur rôle de respiration du court terme pour les TPE. Les données récentes de la Banque de France montrent une pression persistante sur les crédits de trésorerie, alors que les besoins immédiats des petites entreprises restent les plus vulnérables. En clair, la banque n’absorbe plus assez le choc ; la TPE le supporte elle-même.

Les grands paient tard, les petits paient cash

Les grands donneurs d’ordre doivent être nommés. Ils disposent du poids, du volume et du rapport de force pour imposer leurs délais. Quand ils paient tard, ils ne “gèrent” pas simplement leur trésorerie : ils font financer leur activité par leurs fournisseurs. Et ce sont les plus petites structures qui encaissent la note.

Le secteur public n’est pas meilleur. Les collectivités, les hôpitaux et certaines administrations de l’État restent des acteurs problématiques sur les délais de règlement. Les données 2025 relèvent encore des retards significatifs dans plusieurs pans du secteur public, alors que l’exemplarité devrait être une évidence.

L’État demande, mais il faut aussi qu’il rende

L’État ne peut pas demander toujours plus sans se regarder lui-même. Il impose des obligations, multiplie les déclarations, dématérialise à marche forcée et transfère aux entreprises la charge d’opérations qui étaient autrefois plus simples ou mieux prises en charge. La DSN, la TVA, la facture électronique, les obligations de paie et les circuits de conformité numérique font désormais partie du quotidien des TPE.

Ce transfert n’est pas neutre. La TPE doit aujourd’hui collecter, déclarer, vérifier, archiver et se conformer, tout en restant compétitive. Elle devient à la fois entreprise, opérateur administratif et collecteur de données pour le système public. C’est un coût réel, du temps réel, et une fatigue réelle.

Les coûts s’empilent

À cela s’ajoutent les coûts de l’énergie, du numérique et de la transformation digitale. Le coût de l’électricité, même s’il a évolué selon les segments, reste une charge structurelle qui pèse sur les petites structures, sans les mêmes marges de manœuvre que les grands groupes. Le numérique, lui, est présenté comme une simplification, mais il ajoute aussi des abonnements, des outils, des formations et des contraintes supplémentaires.

On demande aux TPE de s’équiper, de se moderniser, d’être visibles, d’être conformes, d’être rapides. Mais on oublie trop souvent qu’elles font tout cela avec une trésorerie fragile, des marges fines et des délais de paiement qui leur coupent l’oxygène.

La vérité qu’on ne veut pas entendre

La vérité, c’est que la TPE supporte une partie du coût du fonctionnement du pays. Elle avance la trésorerie, absorbe les lenteurs, prend sur elle les hausses de charges et compense les dysfonctionnements des autres. Elle le fait sans bureau financier, sans capacité de négociation, sans filet. 

Et pendant ce temps, on lui répète qu’il faudrait “s’adapter”. S’adapter à quoi ? À être payée plus tard ? À financer les grands ? À remplacer la banque ? À devenir le sous-traitant administratif de l’État ? Ce n’est pas une adaptation : c’est une dépossession.

Ce que nous demandons

La Confédération nationale des très petites entreprises doit porter une ligne ferme :

- Paiement à l’échéance, avec sanctions fortes et réellement appliquées.
- Transparence publique sur les retards des grands donneurs d’ordre privés et publics.
- Réorientation du financement bancaire vers le court terme des TPE.
- Réduction concrète de la charge administrative et numérique imposée aux petites entreprises.
- Prise en compte du coût complet de l’activité TPE : énergie, outils, conformité, paie, TVA, trésorerie.

Une ligne de dignité

Notre position est simple : les TPE représentent 97% des entreprises de France
une TPE n’est pas un sous-traitant de trésorerie.
Elle n’est pas un guichet de service public.
Elle n’est pas le prêteur invisible des grands comptes.
Elle n’est pas non plus un service administratif délocalisé à bas coût.

Si la France veut garder ses commerces, ses artisans, ses indépendants et ses petites structures de services, elle doit cesser de leur demander de tout porter. Il faut payer vite, simplifier vraiment, financer le court terme et reconnaître enfin la valeur de celles et ceux qui font tourner l’économie de proximité.

Jean-François Ferrando
Président national

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